
PRESSE QUOTIDIENNE
C’est
maintenant
que tout commence
Mais
qu’arrive-t-il à la presse quotidienne ? Les
prophètes libéraux lui donnent quelques
années
à
vivre, les patrons des gratuits la donnent pour morte, le prince des
magazines, Lagardère,
fait
semblant de la dédaigner… Il y aurait comme une
campagne de démoralisation
qu’ils
ne s’y prendraient pas autrement. Les salariés,
jugés trop vieux ou « inemployables »,
n’auraient
d’autre choix que de partir, de façon que les
salariés restants soient beaucoup
moins
nombreux et qu’ils deviennent des polyvalents
sous-payés.
Ne
pas céder à leur
panique organisée
Le MEDEF, par son
« Institut Montaigne », ouvre le feu sur les
quotidiens payants en
déclarant sauver par le marché la presse
qu’il juge moribonde. Ce qui
tuerait cette presse, ce serait sa volonté de faire dans la
qualité et
de respecter les conventions collectives. Trop cher ! Alors, la recette
? Dehors les aides à la presse, que tous les
salariés rendent leurs
conventions collectives – des journalistes aux imprimeurs et
aux
distributeurs –, et que cette presse de qualité
colle au bas de gamme
commercial que le lectorat attendrait.
Le programme du
MEDEF pour la presse, c’est : laissez nous faire nos
affaires.
Et des affaires, en
ce moment dans la presse, il n’y a que ça !
Oui, la presse
quotidienne
bouillonne de vie, mais de la vie des capitaux. Un vaste chantier
d’investissements s’est monté en toute
hâte, où des poids lourds de la
finance et de l’industrie se précipitent pour
rafler la mise et
construire des empires multimédia :
Le Crédit
Mutuel crée en quelques
mois le plus grand groupe français de presse quotidienne,
EBRA, de
Strasbourg à Grenoble. Il se renforce dans la direction de
l’autre
grand groupe, Ouest France, et surgit au capital du Monde. Par
philanthropie ?
Ouest France partage
par moitié la
direction de 20 Minutes. Le premier quotidien payant
français investit
dans le gratuit : il n’y a pas d’un
côté les gratuits, de l’autre les
payants. Derrière les gratuits se trouvent les
éditeurs et les
investisseurs de la presse payante.
Bolloré,
roi des transports
logistiques en Afrique, propriétaire d’un bon bout
du secteur
publicitaire, lance son gratuit, DirectSoir, et s’allie avec
le Monde
pour faire un nouveau gratuit du matin.
Bouygues-TF1, ayant
lancé Metro, en veut un autre, un supplément
sportif.
Lagardère
noue une alliance avec Le
Monde pour diriger ses quotidiens régionaux du Sud, afin de
mieux
étendre son empire, composé
déjà de toute l’édition,
tous les magazines
(ou presque), toute la distribution des journaux et des livres.
En quelques mois, le
paysage de la presse est bouleversé.
Il ne
s’agit pas de son bulletin de décès,
mais des actes de sa vente.
La presse est
immergée dans le
marché globalisé. Elle risque d’y noyer
son identité pluraliste. Elle
ne pourrait survivre à cette pluie de capitaux, selon les
libéraux,
qu’à l’état de simple
marchandise. Là se situe le danger réel.
Elle est
rachetée, capitalisée, regroupée,
concentrée entre quelques mains.
S’inscrire
dans les processus
actuels de fabrication
Mais attention :
pendant la valse des capitaux, la
dématérialisation et la numérisation
continuent.
L’ampleur
et la généralisation de
l’informatique ont modifié en profondeur, et sans
retour, tous les
métiers, toutes les pratiques professionnelles
précédentes.
Hier encore, les
métiers de la
presse étaient subdivisés selon les interventions
dans l’ordre
chronologique de la fabrication du journal, du journaliste
rédigeant à
la distribution.
En presse
quotidienne parisienne,
d’ailleurs, à chaque métier
correspondait un syndicat ou une section
syndicale, dont la vocation corporative était la
défense de ses seuls
membres. Toute une époque…
Aujourd’hui,
l’informatisation a
brisé les barrières entre interventions
professionnelles, à la fois
parce qu’elles peuvent se faire en même temps,
s’agissant de la
rédaction et du prépresse, et parce que les
logiciels permettent la
concentration de nombre de tâches hier encore bien
distinctes, et ce
quelle que soit la place dans la réalisation.
La concentration
numérique affecte
tous les métiers, journalistes, employés,
prépresse,
imprimeurs-rotativistes, techniciens et cadres, distributeurs,
correspondants, et intervient jusque dans le moindre recoin de la
fabrication, jusqu’à la distribution.
Dans cette phase de
remodelage
complet de la chaîne numérisée de
réalisation du titre, la vigoureuse
campagne de démoralisation intervient massivement.
Les patrons veulent
opérer une fracture de générations.
Pour que les acquis sombrent dans l’oubli.
Les
salariés sont évalués,
soupesés, sous-payés, mis en concurrence.
Le salaire ne
rétribuerait plus une
qualification, mais évoluerait selon les seuls comptes de
l’entreprise,
tout au plus agrémenté de primes individuelles et
de revenus non
salariaux tirés, éventuellement, de la
participation et de
l’intéressement. Ce qui prive d’autant
de cotisations les régimes
généraux de sécurité
sociale.
La polyvalence
devrait forcément s’installer, notamment chez les
correspondants de presse, salariat de loin majoritaire.
Les directions
précisent très
volontiers ce qui est ancien et à faire sortir des
entreprises. Mais
elles ne sont pas du tout pressées de mettre en place les
nouvelles
qualifications, les nouveaux métiers, les nouveaux statuts.
Voilà
comment se dessine notre
tâche syndicale commune : éviter
d’être pris entre le marteau des
investissements massifs de capitaux et l’enclume des
nouvelles
technologies.
Frères
en inertie ou
compagnons solidaires ?
Dès lors
que le
danger principal est identifié,
c’est-à-dire se faire expulser en tant
que salariés compétents et organisés
de la chaîne de réalisation et de
fabrication, quel syndicalisme faut-il construire et
développer ?
Deux
réponses existent.
L’une
consiste à organiser la
jonction des syndicats des anciennes corporations, hier ennemies,
aujourd’hui sœurs en inertie. Pour ce corporatisme,
le seul fait de
reconnaître ce qui est nouveau est assimilé ce
qu’il appelle
confusément du « syndicalisme
d’accompagnement ».
Puisque rien ne doit
bouger,
groupons-nous, disent-ils, pour que le syndicalisme de corporation
survive aux corporations elles-mêmes. Quoi, les
métiers n’existent
plus, ou sont bouleversés ? Qu’importe, la
question clé est la survie
de la représentation syndicale ancienne, vécue
comme un but en soi.
Fracturer, scissionner le syndicalisme existant, pourquoi pas, se
disent-elles, puisque seules nous sommes légitimes
à défendre nos
corporations. Cette manière de faire ne met pas leurs
auteurs à l’abri
des dangers les concernant, notamment celui de leur propre
contournement par des indépendants mis en place à
leur insu pour les
concurrencer.
Le syndicalisme des
journalistes n’a rien à y gagner.
L’autre
réponse, la nôtre, celle de
la FILPAC CGT, consiste à combiner la bataille du maintien
et du
développement de métiers qualifiés
dans les nouveaux process de
réalisation et de fabrication, et d’y faire vivre
un syndicalisme CGT
qui enregistre par son rassemblement, son regroupement, son
unité
retrouvée, la fin des barrières corporatives
anciennes.
Voilà
pourquoi, en particulier,
avec l’approbation de la direction de la CGT, la FILPAC a
adhéré à la
convention collective des journalistes.
Résister
à l’offensive libérale, par
l’activité syndicale, comme au Monde, dans
les centres régionaux d’impression, dans la
coordination CGT des
entreprises du groupe EBRA, etc.
Perpétuer
et promouvoir dans les entreprises de presse la solidarité.
Conquérir
de nouvelles bases dans les nouveaux secteurs (sites Internet,
gratuits, etc.).
Bâtir un
bon statut du travail
salarié pour tous, employés, correspondants,
pigistes, techniciens et
ouvriers, cadres, journalistes de tous ordres.
Rassembler dans une
démarche
commune ayant pour objectif une sécurité sociale
professionnelle dans
la Profession, voilà ce que nous voulons.
A la conjuration des
inerties nous
préférons le syndicalisme de mouvement, de
rassemblement lucide,
d’unité. Même s’il est plus
difficile de tracer de nouveaux chemins que
d’emprunter les sentiers battus du corporatisme.
Voilà la
CGT que nous voulons construire, développer, renforcer.
Se battre pour que
le travail
qualifié et la solidarité, ne soient pas
balayés par le libéralisme qui
prétend s’emparer de la presse, voilà
le but du syndicalisme.
Il dépend
de vous que ce projet devienne réalité.
Filpac CGT,
Montreuil le 10 octobre 2006
Déclaration
à télécharger en pdf.
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