ANTRAPRESSE
Association Nationale des Travailleurs des métiers de la Presse

 

 samedi 25 novembre 2006

Déclaration des correcteurs
du "Parisien".

Déclaration 

    Les transformations techniques des quarante-cinq dernières années ont modifié en profondeur les méthodes de travail et mis en crise le salariat. Là où il fallait de nombreux salariés pour concourir à la fabrication des produits et à leur commercialisation, l’informatisation continue des processus de production a induit une baisse importante des effectifs dans tous les secteurs. La presse n’a pas échappé à cette curée où les ouvriers du Livre sont passés de 81 000 en 1968 à quelques milliers aujourd’hui, soumis qu’ils sont à des plans successifs, du prépresse à la distribution.

    Les métiers concourant à la fabrication des titres ont pour certains disparu, pour d’autres, ils doivent continûment s’adapter sous peine de disparaître (clicheurs devenant photograveurs, typographes devenant SR ou correcteurs, qui eux-mêmes...). Cette simplification de la chaîne de production due à des moyens techniques de plus en plus performants mène les dirigeants de presse à imaginer un prépresse de plus en plus étique : d’un côté, les rédacteurs (écrivant), de l’autre, des grouillots à tout faire, dotés de la polyaptitude, selon la terminologie en vogue, et pressurables à merci (les fameux gains de productivité). Ce désir de détruire la logique de métiers coordonnés pour produire un journal s’appuie sur un renouvellement tous azimuts du parc machine informatique qui laisse entrevoir la possibilité d’automatiser de plus en plus de tâches et d’imposer des systèmes éditoriaux où tout serait paramétré, de la mise en page à la correction des textes.

    Cette déferlante technique, qui bouleverse le temps, l’espace et modifie la signification de ce qu’est une entreprise (de l’entreprise verticale où les salariés sont concentrés en un lieu à l’entreprise réseau qui disperse les sites et multiplie les travailleurs-nomades), s’accompagne d’une fragilisation des conventions collectives des métiers du prépresse encore existants. L’irruption d’Internet et des gratuits  impose un moins-disant salarial et remet en question les métiers à statut, des ouvriers du Livre aux journalistes (la bataille du droit d’auteur sur Internet pour ce qui est des journalistes, entre autres).

    Les salariés de la presse, soumis à des attaques multiples quant à leurs conditions de travail, ne peuvent se permettre de rester divisés et de camper sur des corporatismes d’un autre âge. L’informatisation des moyens de production en presse a rendu poreuses les frontières des métiers, qu’on le veuille ou non, et a créé les conditions de nouveaux regroupements syndicaux dépassant l’attachement à telle ou telle convention. Il s’agit de défendre des conventions renouvelées en redéfinissant nous-mêmes nos tâches, une chaîne de métiers, pour ne pas périr sous les coups de boutoir de ceux qui imaginent un monde où la polyvalence serait l’alpha et l’oméga du salariat. Ceux qui imaginent se sauver en étant les derniers îlots de non-concurrence se trompent. Constamment affaiblis par des plans réguliers depuis des décennies, ils vont s’éteindre par évaporations successives, remplacés peu à peu par des salariés sans statut, comme cela a été le cas pour les correcteurs en édition et, dans une moindre mesure, en presse périodique. L’addition de corporatismes, telle qu’elle se dessine entre les correcteurs, le SNJ-CGT, les photograveurs, ne pourra faire l’économie d’une réflexion sur l’état des forces réel en presse. La désyndicalisation des salariés, l’augmentation du précariat, le grignotage des systèmes de protection au sein de l’entreprise et en dehors (indemnisation chômage, retraite) réclament une réflexion commune sur des conditions de travail communes. Les salariés, dont la dispersion est désirée par les directions des entreprises, doivent construire des outils syndicaux à même de combattre les conditions de travail telles que les façonne le libéralisme.

    Les bouleversements économiques qui sont en cours ne cesseront pas. L’effondrement de la Net-économie, la fragilisation d’entreprises telles que Vivendi-Universal en 2001-2002, parce que lancée trop tôt dans le tout-numérique, est l’arbre qui cache la forêt. Cette révolution technologique qui transforme de fond en comble la vie quotidienne et modifie l’organisation des entreprises se donne une décennie pour achever sa domination sur les rapports humains. D’où l’agitation de conglomérats qui précipitent les fusions-acquisitions dans la perspective de profits juteux promis par cet eldorado : Lagardère, Bouygues, Dassault, fonds de pension anglo-saxons... Pour répondre efficacement au changement social introduit par la financiarisation de l’économie, la Net-économie, le désengagement de l’Etat, il est devenu nécessaire de regrouper toutes les forces au sein de syndicats représentatifs. Les corporatismes en carton-pâte sont obsolètes, comme le monde dans lequel ils ont vécu. Les lamentations et les regrets ne pourront recréer, comme par magie, le pacte social issu de la Libération. Il s’agit, aujourd’hui, d’en construire un qui s’oppose aux destructions opérées par le libéralisme depuis plus de trente ans.

    Soucieux de créer une force syndicale qui puisse regrouper tous les salariés du prépresse, désirant créer un syndicat qui les représente et à l’édification duquel ils veulent participer, les correcteurs du « Parisien », quasi unanimement, entrent dans Info-com’-CGT, prémices du futur syndicat de l’édition.

    La mise en place de trois syndicats, édition, imprimeries parisiennes, distribution, est la garantie que les salariés de la presse seront efficacement défendus par leurs représentants dans chaque secteur. L’organisation non hiérarchisée de trois syndicats permettra de pérenniser une Inter renouvelée, lieu de discussion et de coordination des actions, dont l’efficacité n’est plus à prouver.


1:48:45 PM    


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