ANTRAPRESSE
Association Nationale des Travailleurs des métiers de la Presse

 

dimanche 1 avril 2007
 

Les "soutiers" ont finalement
obtenu gain de cause !!!

    La correction a toujours été considérée par les éditeurs comme un coût inutile dans le processus de production. Le correcteur n’apporte rien de concret, il n’apporte pas de plus-value apparente. S’il était possible de s’en passer, ce serait l’idéal. D’où les fantasmes de certains éditeurs sur les correcteurs orthographiques. On parle de cet éditeur new-yorkais qui a fait passer un ouvrage savant sur Shakespeare au correcteur orthographique avant de l’envoyer à  l’impression. Une fois dans les librairies, on s’aperçut que toutes les citations de Shakespeare en vieil anglais avaient été « corrigées » en anglais moderne. Le livre alla au pilon. L’histoire est-elle vraie ? Il paraît que oui.

    Les correcteurs débattirent pendant longtemps pour savoir s’ils étaient des travailleurs productifs. Les uns estimaient que non : c’étaient des travailleurs intellectuels qui ne participaient pas directement au processus de production. Les autres estimaient qu’ils étaient pleinement productifs dans la mesure où la correction était une étape du processus de production sans laquelle le produit, invendable, perdait toute valeur d’usage.

    Hélas ! il y a longtemps qu’on ne débat plus de ces choses-là chez les correcteurs : les références culturelles ont quelque peu évolué et les concepts alimentant ce genre de débat ont été oubliés….

    Le Syndicat des correcteurs participa activement à la lutte contre la dénonciation, faite par les éditeurs, de la convention collective de l'édition. Ils refusaient d'accepter que l'annexe IV de cette convention soit soit divisée en deux : l'annexe IV pour les correcteurs travaillant à domicile et l'annexe IV bis pour les autres travailleurs à domicile. Notre point de vue était que tous les travailleurs à domicile de l'édition devaient être logés à la même enseigne. Malheureusement, ce n’était pas celui de la CFDT et cela crée une division au sein de l'intersyndicale.

    Les correcteurs participèrent activement à ces négociations et firent  connaître leur point de vue. En 1998, le jour de l'ouverture des négociations, une manifestation se déroula devant le siège du SNE. Les correcteurs étaient relativement nombreux, ils avaient le soutien des camarades de PDP et  distribuèrent un tract intitulé la Révolte des soutiers. Ce tract fut également distribué à Montreuil, au Salon du livre de la jeunesse, avec une très forte participation de nos camarades de PDP (aujourd’hui adhérents à la CGT-SPPS).

    En presse quotidienne les correcteurs étaient traditionnellement rattachés à la convention collective des ouvriers de la presse et participaient à part entière à l’activité de la CGT du Livre dans ce secteur.

    Dans l’édition la situation est différente. Le niveau d’organisation est proche de zéro, mais pendant longtemps il y eut des correcteurs syndiqués dans ce secteur, en petit nombre mais présents. Les éditeurs embauchaient des correcteurs qui travaillaient ensemble dans un « cassetin » – argot de l’imprimerie pour désigner le local dans lequel œuvraient les correcteurs. Il existait, en plus, un volant de pigistes dont la fonction était essentiellement de faire les travaux en urgence qui n’avaient pas pu être terminés par les « piétons », ceux qui étaient en CDI.

    Les éditeurs tentèrent de trouver des moyens pour réduire les coûts à leurs yeux  insupportables de la correction. Certains de ces moyens étaient sordides. On faisait faire aux postulants à un poste de correcteur un essai de cinquante pages. Cinq postulants corrigeaient ainsi un livre de 250 pages. Après quoi on leur disait gentiment qu’ils ne faisaient pas l’affaire. Un éditeur du quartier de Saint-Sulpice, spécialisé dans les livres d’art, pratiquait couramment cette méthode de réduction des coûts.

    Il y avait d’autres méthodes, plus sordides encore : on ne payait simplement pas le travail. Ceux qui avaient l’idée d’en appeler au syndicat s’en sortaient, mais beaucoup ignoraient même qu’il y eût un syndicat des correcteurs. Les éditeurs jouaient sur l’ignorance, l’individualisme et la lassitude.

    Ces méthodes n’étaient pas employées par tous les éditeurs, bien sûr, mais le syndicat était souvent informé par des correcteurs lésés par ces méthodes indélicates de réduction des coûts salariaux. Ce n’était pas si rare que cela. Il arrivait qu’un éditeur reçoive la visite d’un groupe déterminé de correcteurs venus demander des explications sur le refus de payer un de leurs camarades. En général ce genre d’affaires se réglait, car la présence persistante d’un groupe nombreux et bruyant dans un hall d’entrée n’est bon ni pour les affaires, ni pour la réputation.

    Il fallut cependant trouver un système plus efficace, un système qui ne relève pas du bricolage.

    Le nombre de correcteurs en CDI chez les éditeurs baissa progressivement au profit des pigistes, travailleurs à domicile. Le système de la pige devint une norme. Sans doute, en diminuant le nombre de salariés, évitait-on la mise en place d’un comité d’entreprise ?

    Mais les pigistes étaient toujours payés en salaires, c’est-à-dire qu’il fallait verser les charges sociales. Insupportable.

    On paya donc les correcteurs en honoraires. Plus de charges sociales pour les employeurs, les correcteurs n’avaient qu’à se débrouiller.

    Puis on les paya en Agessas. C’est le mode de rémunération en droits d’auteur : pas d’assurance chômage, pas de retraite complémentaire, une protection contre la maladie restreinte, etc. Les correcteurs étaient assimilés à des auteurs, ce qu’ils n’étaient pas. C’était même illégal, mais le système s’installa sans qu’on puisse l’empêcher : le syndicalisme dans le secteur de l’édition n’avait pas le rapport de forces.

    Le seul moyen qui restait était l’action juridique.

    Le Syndicat des correcteurs et les comités syndicaux successifs s’attelèrent à cette question. Des procédures juridiques interminables eurent lieu. Le recours à l’action juridique était le seul moyen en l’absence de rapport de forces. Il fallut plus de dix ans pour que l’action aboutisse.


    Le 16 mars 2007 les correcteurs étaient informés par leur forum syndical sur Internet que l’éditeur Gallimard avait perdu son pourvoi en cassation contre le Syndicat des correcteurs. Gallimard avait été condamné pour « travail dissimulé » dans le procès intenté par le Syndicat des correcteurs. S’étant pourvu en cassation, l’éditeur a été débouté. Ainsi, sa condamnation en appel a-t-elle été confirmée. La justice a condamné la pratique consistant pour les éditeurs à verser des droits d'auteur (Agessa) au lieu de salaires.

    C’est une avancée décisive dans le combat que le Syndicat des correcteurs mène depuis plus de dix ans contre cette forme inique de rémunération.

René Berthier


Tract distribué le lundi 26 mars 2007 au Salon du livre, porte de Versailles

Syndicat des correcteurs

Gallimard condamné pour travail dissimulé ...
Avertissement aux éditeurs


Dans son arrêt du 20 février 2007, la Cour de cassation a confirmé l’arrêt de la cour d’appel de Paris qui avait « déclaré Antoine Gallimard et la SAS Nouveaux Loisirs coupables d’exécution de travail dissimulé à l’encontre de six personnes travaillant pour le compte de la société Nouveaux Loisirs » et les avait « condamnés en répression à des peines d’amende avec sursis, outre une somme de 10 000 euros de dommages et intérêts [envers le Syndicat des correcteurs et des professions connexes de la correction (CGT)].
 
La maison Gallimard employait des secrétaires d’édition et des correcteurs qu’elle déclarait – mensongèrement – en qualité d’auteurs à l’Agessa, l’Agence de sécurité sociale des auteurs. Cette dissimulation était particulièrement profitable à l’éditeur, puisque celui-ci ne versait en tout et pour tout que 1 % de cotisations patronales, le reste (environ 15 % de la rémunération) étant à la charge des prétendus auteurs. Lesquels se voyaient spoliés d’une part importante de leurs droits tant en matière de protection sociale (allocations chômage, retraite complémentaire, etc.) que de législation du travail (procédure de licenciement, durée du travail, congés payés... ).

Cette forme de travail clandestin n’est pas le fait de la seule maison Gallimard. Un grand nombre d’éditeurs parisiens et de province s’y adonnent ou s’y sont adonnés, et cela dure depuis une bonne vingtaine d’années. La condamnation de Gallimard au pénal constitue donc une arme précieuse dont le Syndicat des correcteurs ne manquera pas de faire usage si de telles pratiques perdurent.

Nous voulions que la mésaventure d’Antoine Gallimard soit portée à la connaissance de ses pairs, dont certains portent des noms tout à fait prestigieux, afin qu’ils en fassent un objet de méditation.


Syndicat des correcteurs et des professions connexes de la correction (CGT)
3, rue du Château-d’Eau, 75010 PARIS


9:00:48 AM    


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Dernière mise à jour: 21/04/07; 19:41:21 .
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