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Les
"soutiers" ont finalement
obtenu gain de cause !!!
La correction a toujours
été
considérée par les éditeurs comme un
coût
inutile dans le processus de production. Le correcteur
n’apporte
rien de concret, il n’apporte pas de plus-value apparente.
S’il était possible de s’en passer, ce
serait
l’idéal. D’où les fantasmes
de certains
éditeurs sur les correcteurs orthographiques. On parle de
cet
éditeur new-yorkais qui a fait passer un ouvrage savant sur
Shakespeare au correcteur orthographique avant de l’envoyer
à l’impression. Une fois dans les
librairies, on
s’aperçut que toutes les citations de Shakespeare
en vieil
anglais avaient été «
corrigées » en
anglais moderne. Le livre alla au pilon. L’histoire est-elle
vraie ? Il paraît que oui.
Les correcteurs
débattirent pendant
longtemps pour savoir s’ils étaient des
travailleurs
productifs. Les uns estimaient que non : c’étaient
des
travailleurs intellectuels qui ne participaient pas directement au
processus de production. Les autres estimaient qu’ils
étaient pleinement productifs dans la mesure où
la
correction était une étape du processus de
production
sans laquelle le produit, invendable, perdait toute valeur
d’usage.
Hélas ! il y a
longtemps qu’on
ne débat plus de ces choses-là chez les
correcteurs : les
références culturelles ont quelque peu
évolué et les concepts alimentant ce genre de
débat ont été
oubliés….
Le Syndicat des
correcteurs participa
activement à la lutte contre la dénonciation,
faite par
les éditeurs, de la convention collective de
l'édition.
Ils refusaient d'accepter que l'annexe IV de cette convention soit soit
divisée en deux : l'annexe IV pour les correcteurs
travaillant
à domicile et l'annexe IV bis pour les autres travailleurs
à domicile. Notre point de vue était que tous les
travailleurs à domicile de l'édition devaient
être
logés à la même enseigne.
Malheureusement, ce
n’était pas celui de la CFDT et cela
crée une
division au sein de l'intersyndicale.
Les correcteurs
participèrent
activement à ces négociations et firent
connaître leur point de vue. En 1998, le jour de l'ouverture
des
négociations, une manifestation se déroula devant
le
siège du SNE. Les correcteurs étaient
relativement
nombreux, ils avaient le soutien des camarades de PDP et
distribuèrent un tract intitulé la
Révolte des
soutiers. Ce tract fut également distribué
à
Montreuil, au Salon du livre de la jeunesse, avec une très
forte
participation de nos camarades de PDP (aujourd’hui
adhérents à la CGT-SPPS).
En presse quotidienne les
correcteurs
étaient traditionnellement rattachés à
la
convention collective des ouvriers de la presse et participaient
à part entière à
l’activité de la CGT
du Livre dans ce secteur.
Dans
l’édition la situation
est différente. Le niveau d’organisation est
proche de
zéro, mais pendant longtemps il y eut des correcteurs
syndiqués dans ce secteur, en petit nombre mais
présents.
Les éditeurs embauchaient des correcteurs qui travaillaient
ensemble dans un « cassetin » – argot de
l’imprimerie pour désigner le local dans lequel
œuvraient les correcteurs. Il existait, en plus, un volant de
pigistes dont la fonction était essentiellement de faire les
travaux en urgence qui n’avaient pas pu être
terminés par les « piétons »,
ceux qui
étaient en CDI.
Les éditeurs
tentèrent de
trouver des moyens pour réduire les coûts
à leurs
yeux insupportables de la correction. Certains de ces moyens
étaient sordides. On faisait faire aux postulants
à un
poste de correcteur un essai de cinquante pages. Cinq postulants
corrigeaient ainsi un livre de 250 pages. Après quoi on leur
disait gentiment qu’ils ne faisaient pas l’affaire.
Un
éditeur du quartier de Saint-Sulpice,
spécialisé
dans les livres d’art, pratiquait couramment cette
méthode
de réduction des coûts.
Il y avait
d’autres méthodes,
plus sordides encore : on ne payait simplement pas le travail. Ceux qui
avaient l’idée d’en appeler au syndicat
s’en
sortaient, mais beaucoup ignoraient même qu’il y
eût
un syndicat des correcteurs. Les éditeurs jouaient sur
l’ignorance, l’individualisme et la lassitude.
Ces méthodes
n’étaient
pas employées par tous les éditeurs, bien
sûr, mais
le syndicat était souvent informé par des
correcteurs
lésés par ces méthodes
indélicates de
réduction des coûts salariaux. Ce
n’était pas
si rare que cela. Il arrivait qu’un éditeur
reçoive
la visite d’un groupe déterminé de
correcteurs
venus demander des explications sur le refus de payer un de leurs
camarades. En général ce genre
d’affaires se
réglait, car la présence persistante
d’un groupe
nombreux et bruyant dans un hall d’entrée
n’est bon
ni pour les affaires, ni pour la réputation.
Il fallut cependant
trouver un
système plus efficace, un système qui ne
relève
pas du bricolage.
Le nombre de correcteurs
en CDI chez les
éditeurs baissa progressivement au profit des pigistes,
travailleurs à domicile. Le système de la pige
devint une
norme. Sans doute, en diminuant le nombre de salariés,
évitait-on la mise en place d’un comité
d’entreprise ?
Mais les pigistes
étaient toujours
payés en salaires, c’est-à-dire
qu’il fallait
verser les charges sociales. Insupportable.
On paya donc les
correcteurs en honoraires.
Plus de charges sociales pour les employeurs, les correcteurs
n’avaient qu’à se débrouiller.
Puis on les paya en Agessas.
C’est le mode de rémunération en droits
d’auteur : pas d’assurance chômage, pas
de retraite
complémentaire, une protection contre la maladie restreinte,
etc. Les correcteurs étaient assimilés
à des
auteurs, ce qu’ils n’étaient pas.
C’était même illégal, mais le
système
s’installa sans qu’on puisse
l’empêcher : le
syndicalisme dans le secteur de l’édition
n’avait
pas le rapport de forces.
Le seul moyen qui restait
était l’action juridique.
Le Syndicat des
correcteurs et les
comités syndicaux successifs
s’attelèrent à
cette question. Des procédures juridiques interminables
eurent
lieu. Le recours à l’action juridique
était le seul
moyen en l’absence de rapport de forces. Il fallut plus de
dix
ans pour que l’action aboutisse.
Le 16 mars 2007 les correcteurs
étaient
informés par leur forum syndical sur Internet que
l’éditeur Gallimard avait perdu son pourvoi en
cassation
contre le Syndicat des correcteurs. Gallimard avait
été
condamné pour « travail dissimulé
» dans le
procès intenté par le Syndicat des correcteurs.
S’étant pourvu en cassation,
l’éditeur a
été débouté. Ainsi, sa
condamnation en
appel a-t-elle été confirmée. La
justice a
condamné la pratique consistant pour les éditeurs
à verser des droits d'auteur (Agessa) au lieu de salaires.
C’est une
avancée
décisive dans le combat que le Syndicat des correcteurs
mène depuis plus de dix ans contre cette forme inique de
rémunération.
René
Berthier
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