Les administrateurs du Crédit Mutuel
allaient-ils pouvoir tolérer encore longtemps que la
« banque à qui parler » ait
lâché environ 500 millions d’euros sans
aucun retour sur investissement ? Ce vendredi matin, en conseil
d’administration, le président Gérard
Lignac a répondu à cette interrogation : « Pour faire les
acquisitions et investissements nécessaires, nous nous
sommes associés au Crédit Mutuel. Il est
précieux d’avoir un partenaire banquier qui couvre
les déficits. Mais les banquiers avancent rarement des fonds
sans les récupérer. Il faut donner des gages. Eux
aussi ont des contrôles internes et ont
été critiqués par rapport à
leurs investissements envers nous… »
Une plaidoirie peu habituelle, qui renforce
l’idée que le Crédit Mutuel devait
prendre un jour ou l’autre le contrôle. Ce qui
devrait être effectif dès le 26 juin prochain,
lorsque l’assemblée générale
extraordinaire des actionnaires se sera prononcée
favorablement sur le rapport du conseil d’administration,
dont le projet a été approuvé hier en
CA de L’Est Républicain. Celui-ci fait
apparaître que la société France Est,
devenue filiale du Crédit Mutuel jeudi 29 mai, obtiendrait
157.888 actions à 10 €, provoquant une augmentation
du capital de L’ER de 2.400.000 € à
3.957.888 €, en échange de l’abandon
d’une créance de 128.000.000 €.
L’effet immédiat de cette
opération financière serait une redistribution
des cartes entre les actionnaires. Le Crédit Mutuel, par sa
nouvelle filiale France Est, détiendrait 51 % du nouveau
capital de L’ER (157.888 actions + 45.035 qu’elle
possède déjà), contraint
d’accepter cette opération capitalistique
puisqu’il n’est pas en mesure de rembourser,
même partiellement, les dettes accumulées avec la
création du groupe.
La deuxième conséquence serait la
dilution de la part détenue par le deuxième plus
important actionnaire du capital de L’ER, le Groupe Hersant
Média, qui perdrait du coup sa minorité de
blocage. Ce que Gérard Lignac traduit par : « Il y a
peut-être un actionnaire actuel que ça peut
gêner… »
En d’autres termes, si cette action est
validée par l’assemblée
générale extraordinaire du 26 juin prochain, le
Crédit Mutuel, par sa filiale France Est, prendrait le
contrôle de L’Est Républicain,
à hauteur de 51 % du nouveau capital.